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1997

L’année de ma première adresse courriel. L’Internet était quelque chose de nouveau pour la majorité des gens. Les « babillards électroniques », un genre de “site” où on pouvait échanger avec d’autres par modem sur des serveurs ou sur le web, étaient réservés aux hackers et aux nerds. Les téléphones cellulaires servaient à… communiquer et ressemblaient au communicateur dans Star Trek. La vie a bien changé en 20 ans.

2017

La première (et la dernière) chose que font la majorité des gens en Amérique du Nord est de regarder leur téléphone en quête d’un dernier ou d’un premier courriel ou texto. Si quelqu’un ne répond pas à notre texto en quelques minutes, nous l’appelons pour voir s’il est encore en vie. Quand nous rencontrons des gens hors de la sphère virtuelle, les conversations sont souvent coupées court par un « ah oui, j’ai vu cela sur Facebook ». Nous mettons sur la toile au vu de tout un chacun ce que nous mangeons, faisons, où nous allons en vacances ainsi que nos états d’âme. Notre page Facebook est le reflet de qui nous sommes ou peut-être plus exactement l’image que nous voulons projeter de nous-mêmes .

En quoi la vie pastorale a-t-elle changé dans ses 20 dernières années ? Quels sont les défis d’être un pasteur à l’ère numérique ? J’aimerais en souligner quelques-uns.

Une vie qui n’arrête jamais

Dans les années 1800, le pasteur du village faisait des visites pastorales chez ses paroissiens. Il partait avec son bâton de pèlerin, souvent à pied ou à cheval, pour visiter les brebis qui lui étaient confiées. Dans les années 1800, par le temps que le pasteur entende parler d’une crise ou d’un problème, ceux-ci étaient souvent déjà choses du passé ! En 2017, le pasteur est accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Les textos peuvent être une intrusion constante dans la vie du pasteur : il sonnera à tout moment du jour et de la nuit. Comme la majorité de nos contemporains, les pasteurs ne sauront résister au chant des sirènes qu’est la douce sonnerie que quelqu’un veut communiquer avec eux. Le problème c’est que les textos que reçoivent les pasteurs ne sont pas de l’ordre de « On mange une pizza ce soir ? », mais de « Ma femme vient de me quitter», « mon mari est parti sur une brosse » ou « vous êtes le pire pasteur que la terre ait portée ». Le nombre d’occasions où le pasteur est sollicité explose exponentiellement dans l’ère numérique.

La vie de Batman aussi a changé. Dans les années 1960, si Batman n’était pas à côté de son téléphone, même le commissaire Gordon ne pouvait pas le rejoindre… à moins de projeter le Batsignal dans le ciel… et d’espérer que Batman ne le voit. Aujourd’hui, Batman est constamment sollicité, il reçoit en temps réel toutes les alarmes de Gotham City. Il doit choisir celles auxquelles il répond sans quoi il serait tout le temps Batman.

Le pasteur est souvent atteint du syndrome du superhéros : répondre à l’appel pour sauver l’âme en détresse. C’est certainement louable, mais le problème est que l’attente pour la personne qui envoie le texto est de recevoir une réponse ou une aide immédiate. Le pasteur doit pouvoir mettre des limites pour préserver sa propre santé mentale et sa vie personnelle. Les spécialistes de la santé ne donnent généralement pas leur numéro de téléphone privé pour être rejoints en tout temps par leurs patients.

Un trop plein d’information

Avant Facebook, les chrétiens n’avaient qu’à réussir à projeter une image de sainteté le dimanche matin à l’église. Si le pasteur ne voyait rien à changer dans leur vie, cela diminuait le nombre de chances que le pasteur prêche sur un aspect de leur vie qui les mettrait au défi de faire confiance au Seigneur.

Il est impossible de garder en tout temps une image de qui nous ne sommes pas. Dans le mariage, notre conjoint voit tous nos défauts. La présence sur Facebook étant omniprésente (et des gens pouvant même écrire ou mettre des photos sans notre consentement) il est impossible de projeter toujours l’image d’une fausse sainteté. Facebook est l’une des choses qui m’apportent le plus de tristesse dans mon ministère. Je vois des paroissiens qui partagent leur horoscope, qui apparaissent avec des décolletés qui ne laissent pas grand-chose à l’imagination, qui « likent » ou défendent des choses que le Seigneur a en horreur ou qui ont des disputes en direct avec leur conjoint. L’autre côté est aussi vrai : notre valorisation pastorale est parfois proportionnelle au nombre de « like » que notre prochain sujet de prédication a reçu.

Est-ce que je préfère vivre dans l’illusion qu’ils projettent le dimanche ou en présence de chrétiens ? Pas vraiment. Par contre, la Bible nous parle déjà de la dépravation totale de l’être humain, le fait que le péché a atteint toutes les sphères de nos vies et de notre existence. Je n’ai pas besoin d’être exposé à tous les péchés des membres de mon église en temps réel. Le psalmiste écrivait « Je ne mettrai rien de mauvais devant mes yeux ; Je hais la conduite des pécheurs ; Elle ne s’attachera point à moi. 4 Le cœur pervers s’éloignera de moi ; Je ne veux pas connaître le méchant » (Psaume 101.3-4).

Y a-t-il des pistes de solutions ?

1. Limiter le nombre de fois que nous regardons nos courriels et textos.

Il est 20h00. Tu as travaillé toute la journée. Tu t’apprêtes à regarder un film en famille, mais tu décides de regarder rapidement tes courriels. C’est ton président de conseil qui a décidé de donner sa démission ou un couple que tu tentes d’aider qui éclate. Il n’y a pas grand-chose que tu peux faire à cette heure pour régler les problèmes, mais tu viens de gâcher ta capacité de te reposer pendant la soirée. Tes pensées seront obnubilées par le contenu du courriel. « Ne vous inquiétez pas du lendemain, le lendemain aura soin de lui-même » (Matthieu 6.34) peut certainement s’appliquer à ne pas s’inquiéter des cas pastoraux de demain. J’ai enlevé les alarmes sur mon téléphone afin de ne pas être avisé des textos, courriels et autres notifications qui demandent mon attention.

2. Éduquer nos paroissiens autrement

À chaque fois que quelqu’un nous contacte par texto pour nous partager un problème pastoral, une plainte ou quelque chose du genre nous pouvons les remercier de nous avoir contactés et les inviter à l’avenir à nous écrire un courriel, nous appeler au téléphone ou prendre un rendez-vous avec nous. Comme cela les textos pourront être utiles pour les « j’aurai 10 minutes de retard » et pour communiquer en direct avec nos gens les plus proches.

Je fais la même chose pour mes courriels! (J’ai volé cette idée à l’auteur Tim Ferriss) J’active une réponse automatique dans mes courriels. Le message ressemble à ceci : « Merci pour votre courriel. Dû à un haut débit de courriel et mon désir de vous servir le plus efficacement possible, je regarderai mes courriels du lundi au vendredi à 16:00. Pour toute urgence, contactez-moi au numéro ci-contre ».

Ceci a diminué non seulement grandement le nombre de courriels que je reçois, mais a augmenté mon efficacité. Certaines études soulignent qu’à chaque fois que nous regardons un texto ou un courriel, il faut huit minutes à notre cerveau pour se concentrer à nouveau sur la tâche que nous faisions avant l’interruption. Comme nous regardons nos courriels toutes les 15 minutes, vous pouvez imaginer combien d’efficacité nous perdons. De plus, pourquoi ruiner le début de notre matinée, alors que nous sommes frais et dispos, pour des courriels ? C’est une tâche que nous pouvons facilement faire en fin de journée juste avant de planifier notre journée du lendemain.

3. Arrière de moi, Facebook !

Je ne crois pas qu’il faille se retirer complètement de Facebook, mais d’exercer une certaine retenue par rapport à ce que nous regardons. Le temps serait proprement mieux investi à prier pour nos gens qu’à se lamenter sur leur page Facebook. Thomas à Kempis, au 15ème siècle, dans son classique « L’imitation de Jésus-Christ » nous donnait déjà ces conseils (ici paraphrasés) : « Ne révèle pas ce qui se passe dans ton cœur à tous les hommes, mais discutes-en avec celui qui est sage et qui craint Dieu. Résiste au désir de « tout savoir ». C’est la source de beaucoup de discordes et de désillusions. Les hommes aiment démontrer aux autres combien savants ils sont. Dans la réalité, il y a beaucoup de choses qui profitent peu ou pas du tout à notre âme de savoir.  C’est le contraire de la sagesse que de mettre de côté les choses utiles et nécessaires pour grandir dans notre foi pour accorder notre attention aux choses frivoles et dommageables pour notre âme ».

 

Jean-Sébastien Morin est pasteur de l’Église Baptiste Oasis et professeur de recherche et rédaction en Nouveau Testament à SEMBEQ (Séminaire Baptiste Évangélique du Québec). Il est l’auteur de trois livres dont le livre Mariés et heureux ? gagnant du Prix des Mots 2016. Il est aussi le fondateur du ministère Couple de Rêve qui vise à aider les couples avec la puissance transformatrice de l’Évangile. Vous pouvez lui écrire à : pasteurmorin@gmail.com


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